Sur le papier, je suis sensé être à mi-temps entre l’hôpital Mahosot de Vientiane et l’Institut Francophone pour les Maladies Tropicales (IFMT).
L’hôpital parce que c’est ce qu’on est sensé faire en 5ème année de pharmacie, et l’IFMT à ma demande car c’est tout à fait cohérent avec ce que je veux faire plus tard. Une première expérience nécessaire à la suite des événements en gros !
J’ai d’abord rencontré les responsables de l’IFMT qui m’ont tout de suite confié un travail long et passionnant. La question était de savoir comment j’allais pouvoir organiser mon temps avec l’hôpital.
Ca a été vite réglé. J’ai été présenté au « chef de la pharmacie », qui est complètement à côté de la plaque et qui n’est jamais là (ce bon vieux parti unique qui place ces amis sur les gros postes…). Il m’a fat faire le tour, m’a présenté, n’a répondu a aucune de mes questions et à fini par avoir l’air embarrassé de ne pas savoir quoi me faire faire.
« Il n’y a pas grand-chose à faire ici, et il y a déjà des gens pour le faire ».
Je l’ai vite rassuré en lui expliquant que j’avais un gros projet avec l’IFMT et que de toute façon j’aurais besoin d’aller régulièrement à la pharmacie de l’hôpital pour mon travail.
Il s’est alors détendu et m’a dit que je pourrais m’installer dans son bureau.
J’y suis tous les jours, je ne l’ai jamais revu…
De quoi s’agit-il :
Le projet concerne au sens large « l’accès aux traitements antiépileptiques au Laos ».
Je dis au sens large car cela concerne en fait absolument tout ce qui tourne autour de la prise en charge de l’épilepsie :
- Niveau de connaissance des médecins (...)
- Etiologies
- Croyances et comportements de la population vis-à-vis de la santé, des médicaments, des maladies, et de l’épilepsie en particulier
- Disponibilité et réseau des traitements antiépileptiques au Laos (hôpitaux, officines, Vientiane VS campagne…)
- Barrière financière liée à la pauvreté, au prix des médicaments et à la (quasi)absence de système de remboursement
L’idée est d’étudier tous ces paramètres (épidémiologie, enquêtes etc…) afin de mettre en œuvre les mesures nécessaires à l’amélioration du système (formations, croyances, accès aux traitements etc…)
Je m’occupe en particulier de la partie médicaments antiépileptiques. Je me suis improvisé une pseudo stratégie :
- Quels médicaments antiépileptiques sont disponibles : hôpitaux, officines ?
- Pour quels prix
- Combien sont délivrés (ici on peut dire tout simplement « vendus ») par mois, par an ?
- Délivrance uniquement sur prescription, ou délivrance sauvage ?!
- Quels prescripteurs, quels services hospitaliers?
- Quelles sont les indications qui mènent à la prescription de ces traitements ? (ces médicaments ne sont pas seulement utilisés contre l’épilepsie !)
- Système d’approvisionnement : grossistes, industriels, contrôle qualité…???
- Durée des traitements : aigus, chroniques ?
- Pharmacovigilance, pharmacoépidémiologie : résultats obtenus, effets indésirables rapportés… ?
Je vais essayer de suivre ce procédé tout d’abord à l’hôpital Mahosot, puis passer aux autres hôpitaux de Vientiane avant de m'attaquer aux officines de Vientiane.
Ensuite, dans l’absolu, mais je n’aurai pas le temps, il faudrait élargir l’étude aux autres régions du Laos, d’autant plus que les résultats en campagne seront totalement différents qu’à la capitale qui est le seul endroit du pays où il y a un semblant de choses mises en place et un semblant d’argent.
Travail très intéressant donc, avec en prime des informations écrites en alphabet lao, des interlocuteurs qui ne parlent ni français ni anglais, qui en plus de ça sont complètement à côté de la plaque et qui de toutes façons, ne répondent jamais aux questions…
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jeudi 16 juillet 2009
L'épilepsie au Laos: quelques infos, quelques chiffres
- Un seul « neurologue » au Laos. Entre guillemets car il a comme les autres suivi une formation générale (d’un niveau terriblement bas) avec en bonus, en réponse à un besoin, 2 ou 3 mois d’initiation à la neurologie…
- Aucun hôpital au Laos n’a de service de consultation en neurologie (donc pour l’épilepsie)
- Plus de 90% des épileptiques au Laos ne sont pas traités
- Pour les rares qui sont traités, ils le sont de façon très approximative : comme dans tous les pays en voie de développement (c’est de notoriété publique), les populations n’ont aucune conscience de la maladie chronique, en particulier dans les phases asymptomatiques. La compliance aux traitements de long cours est donc proche du néant et seules les crises sont traitées (l’exemple typique de ce problème de traitement chronique est le diabète)
- 60% des professionnels de santé pensent que l’épilepsie est une maladie transmissible, dont la moitié pense qu’elle se transmet par la salive !!! Aaaahhhhhh!!!!
Autour de 40% de la population croit que c’est une maladie d’origine surnaturelle et donc incurable (les épileptiques sont soit disant « maudits » ou punis, par je ne sait quelle puissance supérieure)
- Les épileptiques sont la plupart du temps marginalisés (parents qui interdisent à leurs enfants de jouer avec d’autres enfants épileptiques, mariages interdits etc…)
- L’espérance de vie et le taux de mortalité par accident sont très augmentés chez les patients épileptiques (SMR > 23 !)
La plupart des épileptiques meurent noyés ou brulés (selon le contexte lors de la crise)
- Les traitements antiépileptiques préconisés par l’OMS dans les pays en voie de développement sont disponibles dans les grandes villes (autrement dit à Vientiane) mais en campagne leur accès est très limité. Il s’agit d’antiépileptiques de 1ère génération, mais le prix relativement bas et l’utilisation relativement simple du phénobarbital le place en traitement de 1er choix dans les pays en voie de développement
- Beaucoup de laotiens, surtout en campagne, ne cherchent pas à être traités ou ne passent que par la médecine traditionnelle et les guérisseurs (en particulier pour une question tout bêtement d’argent) qui n’ont aucune idée de quoi il s’agit et qui cultivent le mythe de cette « maladie du cochon fou » sans aucune forme de solution. La fatalité est au Laos un acquis culturel qui guide la vie…et la mort…
- Conclusion: Avec une prévalence d’environs 8 pour 1000, un statut social et familial catastrophique ainsi qu’une mortalité par accidents prématurée, la prise en charge de l’épilepsie au Laos doit être largement améliorée, d’autant plus que les traitements existent et peuvent être disponibles
- Aucun hôpital au Laos n’a de service de consultation en neurologie (donc pour l’épilepsie)
- Plus de 90% des épileptiques au Laos ne sont pas traités
- Pour les rares qui sont traités, ils le sont de façon très approximative : comme dans tous les pays en voie de développement (c’est de notoriété publique), les populations n’ont aucune conscience de la maladie chronique, en particulier dans les phases asymptomatiques. La compliance aux traitements de long cours est donc proche du néant et seules les crises sont traitées (l’exemple typique de ce problème de traitement chronique est le diabète)
- 60% des professionnels de santé pensent que l’épilepsie est une maladie transmissible, dont la moitié pense qu’elle se transmet par la salive !!! Aaaahhhhhh!!!!
Autour de 40% de la population croit que c’est une maladie d’origine surnaturelle et donc incurable (les épileptiques sont soit disant « maudits » ou punis, par je ne sait quelle puissance supérieure)
- Les épileptiques sont la plupart du temps marginalisés (parents qui interdisent à leurs enfants de jouer avec d’autres enfants épileptiques, mariages interdits etc…)
- L’espérance de vie et le taux de mortalité par accident sont très augmentés chez les patients épileptiques (SMR > 23 !)
La plupart des épileptiques meurent noyés ou brulés (selon le contexte lors de la crise)
- Les traitements antiépileptiques préconisés par l’OMS dans les pays en voie de développement sont disponibles dans les grandes villes (autrement dit à Vientiane) mais en campagne leur accès est très limité. Il s’agit d’antiépileptiques de 1ère génération, mais le prix relativement bas et l’utilisation relativement simple du phénobarbital le place en traitement de 1er choix dans les pays en voie de développement
- Beaucoup de laotiens, surtout en campagne, ne cherchent pas à être traités ou ne passent que par la médecine traditionnelle et les guérisseurs (en particulier pour une question tout bêtement d’argent) qui n’ont aucune idée de quoi il s’agit et qui cultivent le mythe de cette « maladie du cochon fou » sans aucune forme de solution. La fatalité est au Laos un acquis culturel qui guide la vie…et la mort…
- Conclusion: Avec une prévalence d’environs 8 pour 1000, un statut social et familial catastrophique ainsi qu’une mortalité par accidents prématurée, la prise en charge de l’épilepsie au Laos doit être largement améliorée, d’autant plus que les traitements existent et peuvent être disponibles
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